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Cette semaine  et toutes les suivantes :  je suis Charlie.

C'est sur le site de Sylvain que j'ai pris connaissance d'un très beau texte sur Charlie Hebdo. L'auteur dit simplement ce qu'il a vécu et pourquoi Charlie restera inscrit profondément dans ses souvenirs de jeunesse.

Nous sommes nombreux à partager de tels souvenirs. Charlie a nourrit notre vie militante mais nous a aussi permis de rire pour ne pas avoir à pleurer du monde qui nous entourait.

Sylvain a accepté que Regard-Actu publie son texte. Je suis sûr que quelques-uns se reconnaitront dans ces lignes. Merci à lui d'avoir si bien exprimé ce que certains d'entre nous ressentent aussi.

Cette semaine  et toutes les suivantes :  je suis Charlie.

Si je suis Charlie, c'est que sans Charlie, je ne serais pas moi.

Cabu m'a pris dès l'enfance comme toute ma génération en faisant des dessins de grands dans RécréaA2 : Duduche, le Beauf, c'était drôle et autre chose que les dessins pour les enfants. Il m'intriguait ce grand qui dessinait si bien et qui pourtant portait cette coupe au bol dont je venais seulement à grand peine de me débarrasser. Lui, c'était un grand, une coupe d'enfant, des dessins de grands, un rire d'enfant. Rien que là il a commencé à me faire réfléchir. Depuis il n'a jamais cessé.

Plus tard quand je suis arrivé au lycée, Charlie Hebdo est reparu. Vengeance : on n'avait pas eu Hara Kiri, on aurait Charlie. On l'a lu, on en parlait, on a voulu faire des fanzines pour faire comme eux. A cet âge là, Charb était notre préféré : c'était plus violent, plus féroce et plus trash. En regardant un de ses dessins, on avait envie de lui dire le "T'es con" amical qu'on réserve aux plus proches copains. Il m'apprenait une chose : l'humour peut être féroce, méchant, grossier, scato, trash, il ne sera jamais vulgaire car la seule vraie vulgarité devant la vie, c'est le sérieux.

Arrivé en fac, chaque jeudi matin, c'était le commentaire entre nous du Charlie de la veille au point que nous allions rarement en cours ces matins-là. Charlie était devenu une part de mes études, mes humanités, comme on dit fort justement. Alors c'est Wolinski qui m'a sauvé de l'esprit de sérieux. C'est l'époque où on se politise, où on risque de devenir sérieux et grave car on veut parler gravement des choses sérieuses ou inversement. Sauf que Wolinski m'interrogeait : pourquoi des femmes et du vin au milieu de son engagement, c'était pas sérieux. Puis j'ai compris. La source de son engagement, de leur engagement à tous, c'est l'amour de la vie : vivre, aimer, jouir, rire. A partir de là, tout ce qui s'y oppose est insupportable et on devient libertaire, la vie avant tout.

Ensuite j'ai découvert Bernard Marris et il m'a permis de remettre le monde à l'endroit et en place. Quand on a appris à connaître le monde dans les années 90 comme moi, on a appris que le monde était inégal, antiécologique et injuste et que c'était comme ça, qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Pourquoi? Parce qu'une science l'affirmait : l'économie. Son dogme était ferme, énoncé par quelques prophètes et prêtres et sa langue sibylline et mathématique. Pas d'espoir donc. Et Oncle Bernard m'a libéré. L'économie est une science sociale, une réflexion politique sur la seule question fondamentale pour la vie des hommes entre eux : le partage. Et pourquoi partager? Pour vivre, aimer et rire tous ensembles. C'était ça l'économie pour lui et comme ça l'espoir et la vie renaissaient et un autre monde devenait possible.

Charlie m'a donc appris le plus important : l'amour de la vie, la liberté, le rire.
C'est pour ça qu'ils ont été tués. Les fondamentalistes religieux qui les ont tués ne se sont pas trompés de cible. Pour eux, l'amour de la vie, la liberté et le rire sont tous les trois des abominations et seul Charlie les réunit totalement. Comme tout fondamentaliste, ils préfèrent la mort, l'obéissance aveugle et le sérieux, ces 3 ingrédients qui font les totalitarismes.

Je pense que nos amis de Charlie sont morts d'avoir ri. Le rire était le plus grave de leurs crimes pour tous leurs ennemis. Car le rire fait peur aux gens graves et aux fanatiques religieux. Souvenez-vous du moine du Nom de la Rose qui voulait faire disparaître le rire. Ce sont les mêmes aujourd'hui.

Le rire permet d'aimer la vie, même ces jours-ci.

Le rire c'est le doute par rapport aux vérités assénées.

Le rire permet d'être libre.

Le rire fait tomber les tyrans de leurs trônes et dieu du ciel.

Et c'est ce rire qu'ils ont voulu tuer, faire taire.

En vain, car l'humanité est faite pour rire.

Depuis deux jours, les victimes de Charlie ne rient plus mais même l'absence de leur rire est un dernier coup d'éclat.
Si les religieux avaient raison, si dieux et paradis existaient, nos compères installés aux cieux verraient un défilé larmoyant de papes, curés, imams, rabbins, militaires, gendarmes, hommes politiques de tous bords et même d'extrême droite qui les pleurent, eux, ces athées libertaires et irrévérencieux ; je pense qu'alors un tonitruant éclat de rire descendant du ciel nous assourdirait depuis deux jours.

Je n'ai rien entendu.

Point de paradis, point de Dieu : ils avaient donc raison.

Restent donc, enfin, seulement l'amour de la vie, la liberté et le rire qu'ils nous ont appris.

Merci Charlie.

Sylvain Faivre

Tag(s) : #Billet d'humeur

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