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Après les élections professionnelles dans les fonctions publiques.
Après les élections professionnelles dans les fonctions publiques.

La situation politique française paraît s’enfoncer dans un abîme, creusé par la violence antisociale conjointe à la médiocrité morale et intellectuelle du pouvoir exécutif, au bout duquel les figures narquoises et grotesques de M.M. Sarkozy et Gattaz et de Mme. Le Pen se tiennent, tranquilles. Apparemment.

Les élections professionnelles qui viennent d’avoir lieu dans la fonction publique (d’Etat, territoriale et hospitalière), évènement de première importance que les médias nationaux ont délibérément choisi de traiter très loin derrière les votes internes de l’UMP et du Front National, alors qu’ici il s’agissait de millions de travailleurs salariés, titulaires et précaires, et non de quelques dizaines de milliers d’affiliés au grand maximum, sont un bon symptôme de ce qui est réellement en train de se tramer dans les profondeurs du corps social.

Elles se sont déroulées sous le signe de la crise au sommet dans la CGT. Les camarades de la CGT qui disent que « ce n’est pas par hasard » que ces informations sont sorties en période d’élections professionnelles ont évidemment raison, mais il convient de préciser, d’abord que les dites informations -appartement de luxe c’est-à-dire privilège bureaucratique, surfacturation à un entrepreneur UMP c‘est-à-dire magouilles, dizaines de milliers d’euros d’« indemnités de rupture conventionnelle » c’est-à-dire enrichissement personnel … - semblent exactes, ensuite que celui ou ceux qui ont choisi ce moment là pour les donner aux journalistes sont nécessairement des dirigeants CGT !

Chaque semaine, un ou plusieurs « corbeaux » ayant accès au saint du saint, le dernier étage de Montreuil, les communique au Canard Enchainé, et ainsi le trésorier est d’ores et déjà vitrifié et, surtout l’actuel secrétaire confédéral Thierry Le Paon a été mis sur un siège éjectable. Le tout sans qu’aucune question d’orientation n’apparaisse à la racine de ces « révélations », si ce n’est la question d’orientation centrale qui en découle, celle-là même de la démocratie syndicale, de la raison d’être d’un syndicat : les intérêts matériels et moraux des salariés, actifs, chômeurs et retraités.

Ces « affaires » marquent une étape importante dans le développement aggravé de la crise politique et institutionnelle du pays. De telles « affaires » touchaient jusque là les sommets de l’exécutif et des partis, les groupes parlementaires, et la caste des hauts fonctionnaires pantouflant avec le capitalisme financier. Cette fois-ci, la décomposition du régime semble se communiquer au sommet de la principale organisation du monde du travail qu’est et reste la CGT. Cela, indépendamment du fait qu’on est, pour ce qu’on en sait, dans une sphère de médiocres gagnes-petits comparé à ce qui se passe « plus haut », mais là n’est pas la question. La chape de la décomposition du régime gagne le sommet de la CGT et concerne, par là, l’ensemble du syndicalisme.

De la forte importance politique, morale et symbolique d’un tel fait, auraient pu s’ensuivre des conséquences électorales bien plus importantes encore que ce qu’il en a été le 4 décembre. Car il ne s’agit pas de faits isolés dans un contexte apaisé, mais d’huile mise sur le feu d’un mécontentement profond : les salariés s’en prennent plein la figure. Aujourd’hui en France, la part des embauches en CDD a atteint 83,5% du total des embauches (statistiques de 2013) et la durée moyenne de ces CDD n’est que de 10 jours ! Voila le contexte dans lequel le gouvernement supprime l’élection au suffrage universel des délégués prud’hommaux. Voila le point de départ des ordonnances que prépare, pour réécrire le Code du Travail, le ministre de l’Economie Macron.

Par leurs enfants, leurs proches, par la population auprès de laquelle ils interviennent, mais aussi par la présence directe de la précarité des contractuels, vacataires, contrats aidés et autres pseudo « statuts » dans les services publics, les salariés qui votaient sont directement touchés par cette réalité.

Et c’est la même direction confédérale impactée par « les affaires » qui offre au patronat de renoncer à l’élection des Délégués du Personnel dans les boites de 11 salariés et plus, remplaçables selon elle par des commissions paritaires locales, ce qui fait écrire au secrétaire de l’Union Départementale CGT du Cher, Sébastien Martineau : non au syndicalisme où tout se fait de l’extérieur par des technocrates et autres « professionnels du droit social », « Ce sont les syndiqués, les militants dans les syndicats qui font la CGT et l’interprofessionnel. Nous n’accepterons rien d’autre. »

Hé bien, le premier fait majeur du vote dans les fonctions publiques est que cette CGT là, la vraie CGT, résiste et résiste bien. Il arrive même qu’elle progresse localement de manière significative. A l’heure où sont écrites ces lignes, on ne dispose pas des résultats d’ensemble, mais il est clair que le recul global, réel, de la CGT, est sans commune mesure avec ce que pouvait donner à craindre la place prise par les affaires du secrétaire confédéral dans les conversations, et avec le mécontentement de la base et des militants. Profondément différent, notons-le, de ce qui arrive actuellement au PS dans toutes les élections politiques, où une base fâchée, meurtrie, ne veut plus voter pour ce parti. A la CGT la base fâchée, meurtrie, va défendre l’outil, parce que c’est son outil, ce sont les sections syndicales vivantes, présentes sur le terrain, pour la défense quotidienne. La relative bonne tenue de la CGT ne doit rien à sa direction : même les fidèles ne voulaient plus s’y référer. Elle doit tout à la lutte de celles et de ceux d’en bas. Et si le choix de la date de certaines « révélations » visait à affaiblir les fédérations CGT de la fonction publique, le coup a échoué.

La progression de FO est un autre signe de cette résistance sociale. Ce n’est pas une « poussée de la droite » ni un « recul de la gauche », c’est simplement le fait que cette centrale apparaissant comme la plus indépendante du gouvernement bénéficie de ce contexte. Sans que sa direction n’ait grand-chose à dire et à faire, elle a donc progressé.
Le recul de la FSU ne doit pas occulter le fait que la résistance des sections départementales et des syndicats professionnels vivants, ici aussi, a largement limité les dégâts et confirmé la réalité de ce qu’est la FSU : la première fédération, issue et apparentée au syndicalisme confédéré, de l’enseignement public. Ceci précisé, elle recule en raison des orientations de sa direction sur les rythmes scolaires et sur les évolutions statutaires et parce que sa destruction est un objectif des pouvoirs successifs depuis sa naissance, lorsqu’ils avaient cru que la FEN disparaissait sans laisser de traces : le vote électronique dans l’Education nationale est calculé pour cet objectif, bien que la propre direction de la FSU de l’ait pas combattu. La relative dispersion accrue du paysage syndical dans ce secteur est un élément d’affaiblissement pour la résistance sociale de ses personnels et par là pour l’ensemble du salariat.

Les prises de positions du Front National, via ses « comités Racine », début novembre, en faveur du vote pour FO et le SNALC, étaient volontairement confusionniste et ont suscité la plus grande confusion parmi les militants. Le SNALC est étranger au mouvement ouvrier, sa définition même étant, historiquement, d’avoir été l’association corporative des professeurs qui ne voulaient pas aller à la CGT unifiée. FO, bien que construit dans l’enseignement pour casser l’unité syndicale et professionnelle de ses personnels, n’est donc pas de même nature. Par cette prise de position, le FN cherchait à présenter les élections professionnelles comme une poussée de « la droite » contre « la gauche », la première supposée vouloir rétablir un enseignement de qualité, la seconde accusée de toutes les dérives libérales du système. La réalité est autre : elle est que la très grande majorité des personnels cherche à résister à la casse du service public et de ses métiers, et utilise pour cela les outils à sa disposition, dont le principal reste à ce jour les syndicats nationaux et les sections départementales de la FSU.

Après ces élections plus encore qu’avant, se pose, béante, la question d’une unité syndicale possible seulement dans l’indépendance envers l’ensemble de la politique du gouvernement, et contre elle. Car se pose, en surplomb, la question de l’absence présente de perspective politique. Absence, car la faillite totale (du point de vue de ceux qui l’ont élu) de l’exécutif « de gauche » englobe sa majorité parlementaire (et même sa demi-opposition parlementaire, celle du Front de gauche qui a, rappelons-le, voté la loi Peillon sur l’école). Dans ces conditions politiques, d’éventuels appels à une autre majorité faisant « une politique de gauche » suite à une recomposition parlementaire ou à une crise du PS, ne sont pas crédibles pour les plus larges masses. D’où ce vide qui donne l’impression que MEDEF, UMP et FN ont un boulevard. Apparemment.

Apparemment : car les sections syndicales locales et départementales et les fédérations de branches, par elles-mêmes, par les militants, par la base, par leur seule existence, ont tout de même empêché ces élections professionnelles d’être la débâcle pour tout le syndicalisme qu’annonçaient les « affaires » à la CGT, le silence médiatique sur les élections elles-mêmes, les attaques gouvernementales, le vote électronique à l’Education nationale, et l’intervention du Front National. Cette débâcle n’a pas eu lieu : la roche tient, celle du mouvement ouvrier quotidien, base pour contre-attaquer, et c’est par elle-même, par le labeur de ses soutiers, qu’elle tient.

Dans ces conditions, camarades, tout reste possible. Et si on commençait à en discuter ?
Vincent Présumey, le 9/12/14.

Tag(s) : #Billet d'humeur

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